Aller au contenu
Articles
2 mai 2011
-

Cancer colorectal et MICI : une série américaine sur 30 ans

Les CCR sur MICI surviennent généralement vers l’âge de 50 ans et après une vingtaine d’années d’évolution de la colite. Leur pronostic ne diffère pas de celui des patients atteints de CCR sur côlon sain.

Le risque de cancer colorectal (CCR) compliquant une maladie inflammatoire chronique intestinale (MICI) est connu mais mal chiffré. On sait que des antécédents familiaux de CCR, une pancolite d’évolution longue, l’association à une cholangite sclérosante primitive sont des facteurs de risque supplémentaires mais les données disponibles sont souvent anciennes et ne prennent pas en compte les progrès thérapeutiques récents, tant en matière de MICI que de CCR. Une vaste série monocentrique américaine vient d’être publiée dans Annals of Surgery faisant le point sur ce sujet [1].

Patients et méthodes

Tous les cas de patients atteints de MICI et opérés pour CCR dans le centre de Cleveland, entre 1980 et 2007, ont été colligés à partir des banques de données de MICI et de CCR. Un groupe contrôle de CCR sans colite inflammatoire a été constitué par appariement 1 pour 2 sur l’âge, le sexe, le site tumoral, la date de chirurgie, le stade pTNM et le protocole de CT et/ou RT utilisé.

Résultats

Durant ces 27 ans,240 patients atteints de MICI ont été opérés pour CCR : 176 (73 %) avec RCH et 64 (23 %) avec Crohn. Quel que soit le type de colite inflammatoire, il n’y avait pas de différence d’âge de diagnostic de la MICI (43 % avant 25 ans) ou du CCR (environ 50 ans), ni de durée d’évolution de la MICI avant le CCR (20 ans).

Les principaux symptômes révélateurs du cancer étaient les rectorragies et l’anémie.
L’aspect endoscopique de la colite était modifié 9 fois sur 10 par rapport au précédent contrôle, et les tumeurs constatées étaient plus souvent bourgeonnantes en cas de RCH, et sténosantes ou fistuleuses en cas de Crohn.
Les patients étaient opérés plus de 9 fois sur 10 avec un diagnostic histologique de CCR déjà posé.
Les sites tumoraux étaient identiques entre RCH et Crohn : 37 % de cancers rectaux et 30%de côlon droit mais les patients atteints de Crohn avaient plus souvent une tumeur de stade III ou IV (59,6 % vs 41 % ;p = 0,04).
Comparés au groupe contrôle (CCR sans colite inflammatoire), les patients atteints de colite avaient une morbidité périopératoire plus élevée, notamment en raison de phénomènes hémorragiques. On retrouvait également plus de tumeurs synchrones, surtout en cas de RCH. En revanche, sur le plan pronostique, il n’y avait pas de différence en termes de taux de rechute locale, survie sans rechute ou de survie globale entre les patients atteints de CCR avec ou sans MICI (Fig. 1, 2).

     

Figure 1 : Survie globale

 

Figure 2 : Survie sans progression

 Conclusion

Sans apporter de révélation, cette série monocentrique permet, d’une part, de rassurer les patients atteints de MICI et présentant un CCR sur l’absence de pronostic péjoratif par rapport aux patients atteints de CCR sporadique ; d’autre part, elle permet également d’insister sur la nécessité d’endoscopies de dépistage régulières de ces patients, surtout en cas de nouveau symptôme digestif. On regrette aussi qu’un second groupe témoin de MICI sans CCR bien apparié, notamment sur la durée d’évolution de la colite, n’ait pas été constitué car il aurait permis de faire le point sur les facteurs de risque de CCR dans cette population et, en particulier, sur le rôle préventif de nos interventions thérapeutiques.

Référence

[1] Kiran RP, Khoury W, Church JM, et al. Colorectal Cancer Complicating Inflammatory Bowel Disease. Similarities and Differences Between Crohn’s and Ulcerative Colitis Based on Three Decades of Experience. Ann Surg 2010;252:300-5.