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2 mai 2011
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Aspirine et cancer colorectal : 75 mg suffisent !

Plusieurs études observationnelles ont décrit une association entre prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et diminution d’incidence des adénomes et cancers colorectaux (CCR). Quatre essais randomisés ont démontré l’efficacité d’un traitement préventif vis-à-vis du risque de CCR et ont fait l’objet récemment d’une métaanalyse [1]. Toutefois, des incertitudes demeurent sur le type d’AINS (aspirine ou autre), la dose préconisée, la date d’instauration et la durée de traitement d’où l’absence de recommandations émises sur ce sujet quel que soit le côté de l’Atlantique… Les résultats d’une nouvelle étude écossaise viennent d’être publiés visant à évaluer à la fois l’intérêt de faibles doses d’aspirine sur la réduction du risque de survenue d’un CCR mais également l’impact de la prise d’AINS sur la survie liée au CCR [2].

Patients et méthodes

Les cas de CCR, âgés de 16 à 79 ans, adressés en chirurgie digestive dans des centres écossais, ont été colligés dans le cadre de l’étude SOCCS.
Ils étaient appariés à partir d’un registre de population à des témoins sur le sexe, l’âge et la commune de résidence. Tous les patients et témoins inclus remplissaient des questionnaires incluant les données épidémiologiques de base, les données sur la prise d’AINS antérieure (type, dose, durée), le statut menstruel, la prise de contraception ou de traitements hormonaux chez les femmes et un questionnaire alimentaire chez tous.

Résultats

2 254 cas de CCR furent inclus appariés à 2 907 contrôles. Le groupe avec CCR présentait plus d’antécédents familiaux de CCR, et déclarait moins d’activité physique ainsi qu’une consommation calorique supérieure mais il n’y avait pas de différence entre les groupes quant au BMI.

La prise d’AINS réduisait significativement le risque de CCR et, ce, après ajustement sur toutes les covariables (OR 0,73 [IC 95 : 0,65-0,82] p = 2,410-7). Cette réduction était valide qu’il s’agisse d’aspirine à 75 mg/j (OR 0,77), d’une dose supérieure, d’AINS hors aspirine ou d’une prise couplée aspirine + autre AINS. Il semblait y avoir un effet dose avec l’aspirine mais le faible nombre de patients prenant des doses élevées ne permettait pas de conclure. L’effet préventif concernait aussi bien les cancers du côlon que ceux du rectum.

Il n’y avait pas de différences de baisse de risque pour les cancers de stades I et II versus les III et IV. En revanche, il suffisait d’une durée de prise de 1 à 3 ans pour obtenir une diminution des stades précoces contre 5 à 10 ans pour obtenir une réduction des stades avancés. De même, on notait une corrélation inverse entre risque de CCR et durée de prise d’AINS, devenant maximale à 10 ans. Un effet significatif était noté dès 5 années de prise d’aspirine à 75 mg (alors qu’au bout d’une seule année, on observait une simple tendance à la réduction de risque).

En revanche, aucun effet bénéfique des AINS n’était observé en termes de survie après diagnostic du CCR.

Commentaires

Cette étude donne des arguments forts, bien qu’il ne s’agisse que d’une étude cas-témoins, en faveur d’une action préventive de l’aspirine à faible dose (75 mg/j) telle qu’elle est souvent prescrite en prévention cardiovasculaire. Cet effet bénéfique n’apparaît toutefois de manière significative qu’après 5 ans de prise régulière et augmente par la suite. Seul, un essai randomisé pourra cependant démontrer formellement l’utilité d’une telle mesure en prévention primaire de ce problème majeur de santé publique qu’est le CCR.

Références

[1] Cole BF, Logan RF, Halabi S, et al. Aspirin for the Chemoprevention of Colorectal Adenomas:Meta-analysisoftheRandomized Trials. J Natl Cancer Inst 2009;101:256-66.
[2] Din FVN, Theodoratou E, Farrington SM, et al. Effect of aspirin and NSAIDs on risk and survival from colorectal cancer. Gut 2010.