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Le cancer au cinéma. Poignant et peu réaliste

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monsieurUne majorité de malades jeunes et de femmes, des pathologies « choisies », une intensité dramatique à l’annonce du diagnostic, peu de scènes évoquant le traitement et la rémission… C’est la version grand écran du cancer.
Au cinéma, la tuberculose a tenu, longtemps, le premier rôle. Puis, les réalisateurs ont mis en scène d’autres pathologies : les cardio-vasculaires, le sida… Depuis une vingtaine d’années, c’est le cancer qui prédomine. « Enfin, certaines formes de cancer », nuance Luciano De Fiore. Il enseigne à l’université Sapienza de Rome où il déchiffre les rapports entre la philosophie, la psychanalyse et l’art.
C’est « tout naturellement » qu’il s’est intéressé aux représentations du cancer dans les films de fiction. Avec la complicité de cinq médecins italiens – une psycho-oncologue, quatre oncologues –, il a analysé 82 longs métrages, de Dark victory d’Edmund Goulding (1939) à Toutes nos envies de Philippe Lioret (2011).

Les films reflètent-ils les pratiques modernes ? « Pas vraiment, commente Luciano De Fiore. Car le cinéma a besoin de drame et de tragédie ». 63% des personnages succombent en une heure et demie. « Dans la réalité, aujourd’hui, des patients peuvent vivre longtemps, guérir… »

« Peu de films évoquent le cancer du sein »
Au cinéma, les héros sont souvent « trop jeunes », comparé aux statistiques: en France, par exemple, 71% des décès par cancer surviennent chez les plus de 65 ans.
Les personnages sont majoritairement des femmes. Dans la vraie vie, l’an dernier, en France, on a recensé 207 000 nouveaux cas de cancer chez les hommes et 158 500 chez les femmes. Une héroïne sert-elle mieux le récit ? Est-elle plus « crédible », plus émouvante? Sans doute, estiment des réalisateurs. Paradoxalement, ils préservent leurs actrices du cancer le plus fréquent chez les femmes. « Peu de films, en effet, évoquent le cancer du sein. Le sein est investi d’un tel poids symbolique qu’on n’a pas envie de l’associer à la maladie », indique Luciano De Fiore.
Montrer, cacher. Les fictions privilégient des pathologies qui bouleversent moins l’apparence, tels la leucémie, le cancer du cerveau, les lymphomes. En réalité, les affections les plus nombreuses sont celles du poumon, du sein, du côlon ou de la prostate.

Les pratiques des médecins ont évolué.
Le cinéma aborde rarement la phase de traitement, l’éventuelle opération, le retour à la maison, la reprise du travail, les avancées de la recherche…« Souvent, tout est centré sur l’annonce du diagnostic », pic dramatique par excellence. Les mentalités et les pratiques des médecins ont heureusement évolué depuis Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda, 1962) : Corinne Marchand, dans l’attente de résultats d’analyses, croisait un docteur sur le parking de l’hôpital, « et là, sans descendre de sa voiture, il lui assénait froidement : Venez demain, on commencera la thérapie ».

Pour Luciano De Fiore, « le cancer est un catalyseur de passions » qui incite à reconsidérer sa vie et son rapport à autrui. Les films décrivent bien ces séismes dans le couple, le cercle amical et professionnel. On s’entraide ou on s’évite, on se déchire ou on se réconcilie. Parfois, un malade incurable se sacrifie pour un groupe, une conviction, et meurt en héros (Space Cowboys et Gran Torino de Clint Eastwood).

« Mes films préférés?  » L’universitaire italien n’hésite pas: « Wit de Mike Nichols – où Emma Thomson souffre d’un cancer des ovaires –, parce qu’il n’occulte pas le traitement et ses effets indésirables. Et Les invasions barbares de Denys Arcand, intense réflexion sur la fin de vie ».

Art. extrait : www.ouest-france.fr

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